samedi 14 juin 2014

Questions posées... (suite)

Comment ai-je appris la langue si rapidement sans aucune base linguistique ?
Avant mon départ pour la Russie, je connaissais déjà plusieurs langues, de par mes études universitaires et par le fait d'avoir vécu dans différents pays depuis l'âge de 17 ans.


Toute ma vie, j'ai entendu : « tu es douée pour les langues », étant donné que, selon ces personnes, j'aurais des facilités pour les apprendre en un temps très réduit. Je ne suis pourtant pas certaine que les gens soient « doués » pour les langues étrangères. Certains ont peut-être plus l'oreille ou des facilités à reproduire certains sons que d'autres, mais je pense que c'est une simple « gymnastique de l'esprit ». A partir du moment où vous apprenez une langue étrangère, vous pouvez en apprendre 1000 autres sans aucun problème; le système est le même. Et tout le monde en a appris au moins une à l'école!
Même si vous ne les avez jamais pratiquées à l'oral, même si vous n'étiez pas le premier de la classe en langues étrangères - la base est là, que vous le vouliez ou non. C'est comme le sport. Si vous avez fait du sport à un moment donné de votre vie, il suffira de vous y remettre pour que vos muscles se sculptent à nouveau - le corps et l'esprit ont une mémoire...
En ce qui concerne les langues étrangères, je pense qu'il y a aussi une sorte "d'instinct" chez l'Humain. Si besoin, il pourra toujours se débrouiller à l'étranger, pour survivre, en employant toutes les possibilités qu'il a: gestes, sons, dessins (si possible)... Une fois qu'il aura décidé de rester dans le pays d'accueil, alors l'apprentissage de la langue se fera naturellement, parfois sans trop d'efforts (immersion oblige...) - tout cela dépendra du désir et des objectifs de la personne d'apprendre la langue en question : motivation ? Survie ? Travail ? Voyage ? En ce qui me concerne, je souhaitais être capable de communiquer rapidement avec les Russes. Travailler sur mes fautes et sur une meilleure lecture ou écriture, n'a jamais été alors pour moi primordial.
A 17 ans, je suis partie étudier aux États-Unis, où j'avais 1 heure de russe par jour. Et croyez-le ou non, après une année scolaire, je ne savais toujours pas me présenter correctement ! J'ignorais même que les lettres de l'alphabet cyrillique différaient complètement lorsqu'elles étaient écrites en imprimerie ou en cursives !
10 ans après, j'ai commencé à prendre des cours du soir sur Paris, par simple intérêt, sans réel objectif, mais y ai très rarement assisté – études et travail obligent... J'ai ensuite signé pour travailler en Russie et me suis alors donné 2 mois, une fois sur place, pour « comprendre » le russe dans son idée générale et « être comprise ». J'ai atteint mon objectif – mais pas de miracle à cela ! Selon moi, seule la volonté est la clé de la réussite en langues !

Marié (e) ? Des enfants ?
Question toujours délicate à répondre…
Dans un pays où, à 30 ans déjà, on est considéré comme « vieux » - en particulier en provinces, vous devez alors trouver de bons arguments qui justifieraient votre statut de « célibataire sans enfants » si c'est encore le cas. Ne sachant mentir, mais ayant une imagination débordante, voici quelques exemples de réponses que j'ai pu fournir au fil du temps :
« Pas encore ! Trop jeune ! »
« Je ne suis pas sûre de rester en Russie, donc... pour le moment, pas de mariage ni d'enfants ».
Après avoir reçu ma carte de séjour, j'ai ajouté :
« Dans d'autres pays, comme la France par exemple, ce n'est pas un problème de ne pas être marié (e) ni d'avoir d'enfants à 30 ans. La culture est simplement différente, comme l'état d'esprit des gens aussi. Alors – acceptez donc les différences ! » :-)
« Je n'ai pas encore trouvé « l'homme de ma vie » - vous savez à quel point c'est difficile de le trouver, en particulier ici » (Je ne suis pas tout à fait d'accord avec cette idée, mais nous y reviendrons plus tard...)
Lorsque j'ai commencé à vivre en couple avec un Russe, je me suis alors justifiée ainsi :
« Je ne me sens pas de me mariée encore – une telle bureaucratie pour les couples mixtes ! Et si on a des enfants et qu'on divorce ? Quelle horreur ! Ce serait alors tant de problèmes supplémentaires à régler entre 2 pays ! » (cf 2009 – Histoire d'Elise, fille d'Irina Belenkaya (Russe) et de Jean-Michel André (Français).
Je n'affirmerais pas que cette question est « typiquement russe » - non. Il est possible de l'entendre partout, même en Europe. Simplement l'âge diffère – les gens ne sont peut-être pas si choqués par une femme célibataire de 30 ans, mais peut-être de 35-40...

As-tu peur de la police ? De nos politiques ? Des autorités ?
Non, je n'ai pas peur des autorités russes. Partout ou l'on va – une chose est essentielle : tout faire dans la légalité, même dans un pays où les lois ne sont pas toujours appliquées. Renseignez-vous un maximum sur les lois et votre statut d'immigré. Bien sûr, le cas échéant, vous pourrez ne pas aller en prison, ni avoir une amende trop importante, mais c'est courir le risque d'être interdit de territoire pendant plusieurs années... Ce serait tout de même dommage, en particulier si vous avez décidé de faire votre vie dans le pays.

Que pensez-vous des Russes ? Froids, impolis, agressifs ?
Pas très facile comme question non plus ! Je ne peux pas dire que lorsque vous allez en Russie, votre première impression est que les gens sont souriants, accueillants et ouverts. Mais comme je l'ai dit auparavant, il faut simplement les connaître un peu pour qu'ensuite, ils vous sourient tant, que vous pourrez compter leurs dents ! :-)

Cela a-t-il été facile pour vous de vous faire des amis ? Et quels sont vos passe-temps favoris ?
La Russie est un pays extrêmement culturel ; même en provinces, comme je l'ai évoqué pour Perm, les festivals, les spectacles, les expositions, les concerts et les événements sportifs ou musicaux, sont partout. Donc difficile de s'ennuyer ! Et si vous en avez peu dans la ville où vous habitez, faites parfois un tour dans une agglomération plus grande proche que la vôtre (bien sûr, les distances sont ici très relatives...) ! Sinon, vous pourrez toujours prendre plaisir à skier, à faire des randonnées, à aller à la bania, ou encore, à regarder la télévision afin de travailler votre oreille au magnifique son de la langue russe. :-)
Personnellement, partout où j'ai vécu, je ne me suis jamais sentie seule ni nostalgique. J'aime peut-être tout simplement communiquer avec autrui, en savoir plus sur leur vie, leurs traditions et leur culture. Si vous êtes une personne ouverte et sociable – vous ne serez jamais seule, dans votre pays d'origine comme dans votre pays d'accueil. C'est juste une question de volonté et de personnalité !
Mon premier voyage loin de « chez moi », aux États-Unis, n'a pas été de suite facile. Adolescente de 17 ans, extrêmement timide, polie et peut-être trop bien éduquée, je me suis vite vue devoir faire un choix : s'ouvrir aux autres, ou bien rester telle que j'étais, mais ne me donnais pas plus de 2 semaines avant de tomber dans une profonde dépression. J'ai bien sûr choisi la première solution et, après avoir suivi des cours d'improvisation théâtrale et m'être forcée à porter le masque de « la Française la plus ouverte du monde », je me suis retrouvée une des écolières les plus populaires de l'école. :-)
Progressivement, le masque est tombé, mais la jeune fille réservée que j'étais a simplement donné place à la personne que je suis aujourd'hui – souriante et ouverte.
Donc dans un pays étranger, il est essentiel d'apprendre à connaître autrui et sa manière de vivre, tout en s'adaptant aux règles du pays visité, voire adopté. En Russie, tout comme je l'avais vécu auparavant en Allemagne, l'expérience de rencontrer des personnes froides au premier abord n'a pas été une nouveauté. Et tout comme avec les Allemands, une fois la vitre brisée, les Russes sont des gens plus adorables et très généreux !

Avez-vous déjà été à la bania ? L'avez-vous appréciée ?
Je n'aime pas la Bania... je l'adore ! :-D La « bania » est une sorte de sauna, mais humide, dont la température idéale, d'après mois, est de 80 degrés. L'expérience prouve que ce n'est pas seulement une tradition en Russie, mais un vrai rituel !
Dans le passé, les banias avaient un seul but hygiénique. « Familiales » (dans les villages) ou « publiques » (dans les villes), les Russes s'y lavaient une fois par semaine (le week end). Aujourd'hui, les banias sont des lieux beaucoup plus sociaux, où les gens se rassemblent afin d'y fêter de petites ou grandes occasions (anniversaires, fêtes de fin d'année, diplômes) ou tout simplement, par plaisir, car c'est tout simplement... très bon pour la santé ! Si vous n'aimez pas trop la chaleur, vous pourrez toujours y aller et passer du bon temps avec vos amis, boire du thé, manger un petit quelque chose (ou un gros...) et vous détendre.
Dans la pièce la plus chaude, il est traditionnel de procéder à des massages - certes surprenants pour des non-Russes, car effectués avec des branches d'arbres différents (chêne, bouleau, pin). Rien de douloureux ni de masochiste là-dedans (bien au contraire!) étant donné que ces branches sont auparavant humidifiées. Cette procédure permet d'améliorer la circulation sanguine, de lisser et de nettoyer le corps en profondeur, de par les vertus de ces arbres agissant sur les pores ouverts de la peau. Le tout renforcerait également le système immunitaire.
Petit détail en ce qui concerne la bania : les gens y vont en général nus, sans toujours se connaître les uns les autres, mais continuent sur place à se vouvoyer ! Etonnant et drôle la première fois qu'on a cette expérience, mais comme tout - on s'y fait ! :-)
Bien sûr, il est tout à fait possible d'y aller en maillot de bain ou avec une serviette autour de soi, mais en se penchant un peu sur les bienfaits de ce sauna russe - vous ferez très vite alors tomber le maillot et la serviette. :-)

Et notre vodka – déjà testée ?
En ce qui concerne l'alcool – je n'en bois pas du tout ; pas même de vin ; pas très typique pour une personne originaire de France... et lorsque les Russes me le pointent du doigt, je réponds : « Une Parisienne vivant à Perm et ne pensant pas retourner dans son pays – ce n'est déjà pas très typique ! Alors, pourquoi boire du vin ? Et vous, les Russes – appréciez-vous tous la vodka ? »
En général, cela met fin à la conversation... pour un petit moment en tout cas... :-)
L'essentiel pour un étranger en Russie est d'apprendre à dire « non » : lorsqu'une personne vous offre une boisson que vous ne voulez pas – ne l'acceptez pas ! Les Russes tenteront de vous en persuader par tous les moyens, mais refusez – croyez-moi ! Inventez ce que vous voulez - même que vous êtes allergique à l'alcool, si vous manquez d'imagination, parce qu'après le premier verre, vous ne pourrez plus vous contrôler et vous danserez nu sur la table – ce qui ne sera pas apprécié par tous (quoique... :-P), ou alors... inventez autre chose, mais ne buvez pas... Parce qu'ensuite, ils se souviendront que vous avez déjà bu avec eux et penseront que vous réitérerez chaque fois l'expérience en leur compagnie ! Et comme boire est un culte en Russie (on y reviendra plus tard) – faites plutôt attention...enfin... petit conseil... :-)

Que pensez-vous de nos routes, en comparaison avec celles européennes ?
A cette question, je pense qu'il n'existe qu'une seule et unique réponse : mis à part quelques rares autoroutes crées dans le pays, les routes russes sont tout simplement – HORRIBLES !
Donc, soyez patients, étant donné que les distances très grandes et les limites de vitesse... très petites. Et...prenez une bonne voiture ! Croyez-moi - ça aide !

Est-ce mieux en Russie ou en Europe ?
Il est tout à fait naturel de comparer des pays, afin de justifier ses réponses, mais très vite, vous comprendrez que ça ne sert à rien. Donc maintenant, je réponds : «  Il y a des côtés positifs et négatifs partout ! Ils apparaissent seulement dans des domaines différents, rien de plus ». Et seulement si la personne est réellement intéressée par le fait d'aller plus loin, nous en discuterons davantage ; sinon, cette réponse satisfait en général tout le monde.

Qu'en est-il de la « saleté » dans notre pays ?
Parfois, je me retiens de répondre : « Et Paris – vous connaissez ?! » :-)
Plus sérieusement, je réponds en général que la saleté ici, en particulier en province, est plus propre que celle en Europe : en Russie, rares sont les égouts pluviaux (sauf dans les capitales...et encore !), donc je vous laisse imaginer l'état des routes après les averses... Mais cela reste de la « boue » et non des ordures !
Par ailleurs, les Russes soulignent souvent le fait que dans les films occidentaux, ou lorsqu'ils vont à l'étranger, personne n'enlève ses chaussures à la maison ; leur explication : « vos rues sont tellement propres – pas besoin de les enlever ! Ce n'est pas comme chez nous !... » Ce n'est bien évidemment pas vrai ! Nos rues ne sont pas plus propres, mais plus « sèches » et plus entretenues. Le climat russe étant plus humide (neige, pluie) et froid (- 40 / -50, l'hiver), il n'est pas très pratique de garder ses chaussures à la maison – elles sont notamment plus sales, mais surtout... plus grosses ! Imagineriez-vous garder vos bottes … de ski à dîner, lorsque la température à la maison descend rarement à moins de 25 degrés comme ici ? :-)
Quant au printemps, alors que loin de la Russie, on associe cette saison aux oiseaux, aux fleurs naissantes, au romantisme, à l'amour et à l'été qui se rapproche, ici, c'est « la plus moche des saisons de l'année », selon la plupart des habitants. Le printemps est en effet la fin de l'hiver et donc le moment de la fonte des neiges, qui laisse progressivement découvrir ses trésors cachés sous sa magnifique nappe blanche : ordures de toutes sortes, sans parler des cadeaux déposés par les chiens, également accumulés pendant toute la période froide (6-8 mois) et qui remontent petit à petit à la surface, malgré le travail permanent des nettoyeurs de rues.
Malgré tout, comparées aux nôtres (françaises notamment), les villes russes ne sont pas si sales. La pire des saletés en Russie reste – les ordures délaissées et amassées dans la nature... mais j'y reviendrai un peu plus tard...

Et le climat ?
Et bien, après 6 années déjà vécues ici – je suis toujours en vie ! Plutôt bon signe ! :-)
J'imagine que l'Homme peuvent s'adapter, avec le temps, à tout climat, s'il prête attention à son hygiène de vie.
La taille de la Russie rend difficile de parler d'un climat. En fait, tout le monde peut trouver le climat qui lui convient dans ce pays – il suffit juste de se déplacer un peu. :-)
Personnellement, un climat continental sec – comme celui de l'Oural est idéal pour moi. Des vêtements adaptés sont nécessaires et le rythme de vie que l'on a peut alors suivre son cours, sans trop de bouleversements. Le climat de Moscou, même si plus chaud, est plus humide et donc un peu plus difficile pour moi à supporter.
L'essentiel est aussi de se nourrir proprement. Lorsque je vivais en famille, j'ai été habituée à manger « à la française » - plats peu gras et peu salés, avec beaucoup de légumes.
Ici, le contraire est nécessaire, et ce, sans avoir à s'inquiéter de sa « silhouette » : en se battant contre le froid, les graisses sont très vite éliminées et transformées en énergie utilisée dans les activités quotidiennes.
Donc le mieux est de s'informer auprès des locaux – habitués au climat, ils vous donneront les meilleurs conseils ! :-)