dimanche 5 octobre 2014

Le Français Suisse

Avant la Révolution Française, les Français parlaient diverses langues, certaines issues du latin (Occitan, Provençal...), d'autre non (Alsacien, Basque...).
Pour unifier le peuple, il a été décidé que tous les Français devaient parler
 le français, et des lois ont été votées en ce sens.
Au fil du temps, ces langues ont été de moins en moins parlées pour finir par être inconnues de la plupart des Français.
Mais tout comme un Allemand ou un Anglais qui apprend
 langue française a sa prononciation influencée par sa langue maternelle, il est resté une influence de ces langues sur la prononciation, en plus de certains régionalismes dans le vocabulaire.
Et n'allez pas croire que les Parisiens n'ont pas d'accent !

Concernant le français suisse, belge, québécois, des DOMs-TOMs, etc., il a quelques spécificités non négligeables, et pas seulement au niveau de l'accent !

Voici, pour exemple, quelques expressions suisses, mises en avant sur TV5 Monde :

Se réduire = Aller se coucher

Se réduire. Verbe pronominal. Se retirer pour dormir, aller se coucher, rentrer chez soi.
C’est le moment de se réduire si on veut se lever tôt demain matin.
Utilisé comme verbe transitif, réduire signifie ranger, remiser, mettre en ordre, faire le ménage. Il devraitréduire sa chambre, c’est un vrai boiton. Il devrait ranger sa chambre, c’est une vraie porcherie.
Très rare dans la langue écrite, tous les emplois du mot figurent pourtant dans toutes les cacologies du XIXe siècle, et on retrouve encore de nombreux exemples dans la littérature romande de la première moitié du XXe siècle.
Jean Matter, écrivain et musicologue autodidacte, utilise dans ses ouvrages et notamment dans le tome II de Parsifal ou le pays Romand, paru en 1969, le terme réduire au sens pronominal. 
«A l’instant de se séparer pour la nuit, Berthe gagna la sortie ; la chambre à donner, qu’elle occupait, ouvrait sur le corridor extérieur. La vieille femme avait peur d’y rester seule, mais elle n’en manifesta rien devant les autres et, une fois réduite, s’enferma à double tour. ». 

Faire la potte = Bouder
Locution verbale. Montrer du mécontentement tout en restant silencieux, avoir une attitude renfrognée, maussade ou indifférente, montrer un air fâché. Cet enfant est contrarié. Voilà maintenant qu’il fait la potte.
Synonymes : battre froid, faire la tête, être de mauvaise humeur

Faire la pièce droite = Faire le poirier
Locution verbale. Se tenir en équilibre à la verticale, le corps droit, sur les mains, les pieds en l’air et la tête en bas.
Se tenir droit comme un i, la tête en bas et les pieds en l’air.
Au cours de yoga, il lui a fallu plusieurs séances avant de réussir à faire la pièce droite. 

Donner un coup de panosse = Passer la serpillère
Panosse : Grosse pièce de toile épaisse servant à laver les sols, à éponger.
« Ce matin, j’ai dû passer le balai, la panosse ; maintenant, c’est tout propre. »
Remarque : L’équivalent du français de référence, serpillière, est un emploi courant en Suisse romande ainsi que dans la langue écrite, où panosse n’apparaît que rarement et le plus souvent entre guillemets. Le caractère marqué du mot est très présent à l’esprit des locuteurs, pour lesquels il constitue un régionalisme emblématique.
Synonyme : patte. Pièce d’étoffe servant à laver (en particulier la vaisselle), à essuyer une surface souillée. 

Avoir la gratte = Avoir des démangeaisons
La gratte. Nom féminin. Déverbal de gratter, signifiant racler avec des ongles ou des griffes.  Gratter sa tête. Le chien gratte la terre pour enterrer son os.
Par extension, se gratter, verbe pronominal, soit, se frotter la peau avec des ongles ou le bout des doigts, à pour le but de faire cesser une démangeaison ou s’effectue par simple réflexe gestuel. Il se gratte le front en signe de perplexité.
Devient une locution verbale dans l’utilisation Avoir la gratte.

Avoir une gonfle au pied = Avoir une ampoule au pied
Avoir une gonfle au pied : avoir une cloque, une ampoule, au pied
Gonfle. Nom de genre féminin, signifie Bulle, petit renflement (par exemple, dans la pâte  « Pour être bien réussies, les salées doivent être feuilletées et avoir des gonfles »), boursouflure, ampoule sur la peau.
Il prend aussi le sens de congère ; amas de neige entassé par le vent.
Albert-Louis Chappuis, écrivain et fondateur des éditions Mon village, illustre ce vocable dans La moisson sans grain, ouvrage sur la paysannerie.
« La bise, tenace depuis une semaine, entraîne dans sa course éperdue la neige poudreuse qui, abandonnant les surfaces planes, va s’entasser dans les concavités du terrain, obstruant les routes, créant d’impressionnantes gonfles que les hommes, armés de pelles, entaillent à grands coups. »
Gonfle, au sens figuré, signifie Embarras, affaire compromettante, situation fâcheuse.
Être dans la gonfle. Se foutre dans une belle gonfle. Se sortir de la gonfle.
« Si un animal est mordu par une bête atteinte de la rage, j’espère qu’on pourra le sortir de la gonfle. ». 

Mettre sa cuissette = Mettre son short (vêtement de sport)

Cuissettes : non féminin pluriel. Petite culotte de sport en étoffe légère, généralement sans poches ni braguette, plus courte que le short, et serré à la taille par un élastique. Cuissettes de gymnastique, de footballeur, d’enfant.
« Non, on ne verra pas les conseillers généraux de Neuchâtel en cuissettes. »
Parfois utilisé au singulier. « Mon voisin, définitivement mis en confiance, a même demandé : « Dis donc, qu’est-ce que tu portes sous ton kilt ? » « Tu veux voir ? ». Moment de crainte. Et notre géant de retirer sa « jupe » pour laisser apparaître, sa superbe cuissette de l’équipe d’Ecosse. ».
Remarque : L’extension sémantique du mot short étant limitée en Suisse romande par l’existence du motcuissettes, celui-là ne désigne que des pantalons courts d’une confection plus élaborée (munis de poches, d’une braguette, et pas nécessairement conçus pour le sport).
Cela dit, on observe que short commence à concurrencer cuissettes chez les jeunes.

Faire un clopet = Faire un somme, une sieste
Clopet : somme. Pousser un clopet, piquer un clopet.
« Nous sommes physiologiquement appelés à battre de la paupière, et à nous offrir un petit clopet, cela bien sûr indépendamment du sommeil nocturne. »

Se chier = Tomber, se casser la figure
Se chier : Vocable familier français, également utilisé en français de Suisse pour dire que quelqu’un s’est trompé ; je me suis chié sur l’adresse de mon ostéopathe (je me suis trompée d’adresse), ou a commis une erreur ; Il s’est chié à l’examen d’histoire (il a fait des fautes à l’épreuve d’histoire - il a raté son épreuve) ou encore pour décrire une action : tomber, avoir un accident. Elle s’est pris les pieds dans le tapis et s’est chiéedevant l’assemblée (elle s’est retrouvée par terre devant tout le monde).

Etre le bobet du village = Faire le nigaud, le sot. L'idiot du village
Espèce de bobet, va ! Cesse de faire le bobet.
S’utilise, bien que plus rarement, au féminin. Faire la bobette.
« Les résultats n’étaient pas bon dans cette classe ; il y avait plusieurs bobets et bobettes parmi les élèves. »
Synonymes : bedoume, bœuf, daube, niolu.
Remarque : mot très fréquent dans l’usage oral, souvent cité dans les glossaires contemporains, mais plutôt rare dans la presse et la littérature.

Aller de bizingue = Marcher de travers, de biais, zigzaguer
Bizingue (de) ou bisingue. Locution adverbiale. De biais, de travers. La graphie (-z- ou -s-) n’est pas fixée.
Marcher de bizingue. Être assis de bizingue. Avoir le nez tout de bizingue.
Remarque : emploi bien connu mais plutôt limité à la langue parlée.
Dans ses premières attestations régionales, bizingue est une forme apocopée du type de bisingoin (de travers, irrégulièrement), attesté en France-comté ou de bisengois (de travers, obliquement) relevé dans le Haut-Doubs, ou encore de bizingois (de guingois), de bisangoin dans l’Ain.

Etre sur le balan = Hésiter
Déverbal de balancer, le balan entre dans la composition de la locution verbale Être sur le balan, qui peut signifier :
Être en équilibre, instable, sur le point de tomber. « La poutre est trop étroite, le garçon est sur le balan. ».
Hésiter, vaciller, être indécis. « Il est sur le balan, il ne sait pas s’il veut rester ici ou déménager. ».
Être sur le point de, se trouver dans une situation limite. « Elle va accoucher, elle est sur le balan. ». On l’emploi également pour désigner quelqu’un très mal en point, à l’article de la mort. « Ce grand malade est sur le balan. »
Être dans un état d’inquiétude face à son sort. « Il est sur le balan : espérons qu’il réussira son dernier examen, sinon il redoublera cette année. ».
Remarque : la variante être en balan qui se trouve dans certains glossaires du XIXe siècle, est devenue très rare en Suisse romande.
Le mot est souvent orthographié ballant, par confusion avec son homonyme.
Quant à la graphie balant, il s’agit d’une création hybride tout à fait isolée, sans assise dans l’usage. 

Et ce ne sont que des exemples ! La suite, au prochain épisode...