La
prise en compte de la culture dans l’enseignement des langues
étrangères est indispensable, non seulement pour communiquer
efficacement, mais aussi parce qu’elle représente un enjeu
éthique. Combattre la xénophobie et l’ethnocentrisme, éviter les
préjugés et les discriminations est plus que jamais une
préoccupation des pédagogues et des acteurs de l’éducation. Les
enseignants se trouvent parfois démunis pour adapter leur méthode
d’enseignement à la prise en compte de la culture. Quelle
différence entre enseignement de la culture et formation à la
compétence interculturelle ? Quelles activités mettre en place
en cours de FLE ? Quels supports choisir ? Quelles stratégies
sont susceptibles de développer ces compétences menant à une
conscience interculturelle ? Nous allons ici tenter de répondre à ces questions dans l'article qui suit...
Le
cours de langue constitue le lieu privilégié de l’acquisition
de la compétence interculturelle "Le cours de langue
constitue un moment privilégié qui permet à l’apprenant de
découvrir d’autres perceptions et classifications de la réalité,
d’autres valeurs, d’autres modes de vie… En d'autres termes, apprendre une
langue étrangère, cela signifie entrer en contact avec une nouvelle
culture".
La compétence communicative constitue l’objectif premier de
l’apprentissage d’une langue étrangère. Or, il est désormais
admis que la seule compétence linguistique, si elle est nécessaire,
n’est pas suffisante dans une perspective de communication. Du
point de vue de l’expression, les apprenants devront apprendre à
utiliser les formes et adopter les comportements et attitudes
langagières reconnus de manière à être compris par leur
interlocuteur. Du point de vue de la compréhension, ils devront
pouvoir identifier, reconnaître, et interpréter correctement les
attitudes et comportements mis en jeu par leur interlocuteur dans les
actes de communication, qu’il s’agisse de la gestuelle ou de
références historiques et culturelles.
Les
langues ne sont pas de simples outils qui permettraient de faire
passer des informations de manière factuelle. Elles sont avant tout
les vecteurs de communication des cultures dont elles sont issues.
L’histoire du pays, les normes sociales et les fondements
historiques de la société sont autant de facteurs nécessaires pour
comprendre la culture, mais aussi et surtout pour permettre aux
apprenants de faire un usage approprié de cette langue.
Il
est donc nécessaire que les enseignants intègrent l’apprentissage
de la culture dans l’apprentissage des langues, en dépassant le
niveau de civilisation pour aborder des éléments plus profonds tels
que les systèmes de valeurs ou de croyance et la vision du monde. Il
ne s’agit cependant pas, de transmettre aux apprenants uniquement
des connaissances culturelles. Dans la perspective interculturelle,
la compétence communicationnelle reposera sur la capacité des
interlocuteurs à repérer le culturel dans les échanges langagiers.
L’enseignement
du FLE permet aux apprenants d’apprendre et à
s’enrichir au contact d’individus de culture différente. Dans
une approche interculturelle, un objectif essentiel de l’enseignement
des langues est de favoriser le développement harmonieux de la
personnalité de l’apprenant et de son identité en réponse à
l’expérience enrichissante de l’altérité en matière de langue
et de culture. L’acquisition d’une compétence interculturelle
permettra notamment aux apprenants de développer leur capacité à
se préparer à des séjours dans des régions d’autres cultures et
à en tirer profit.
L’apprenant
de la langue étrangère et de la culture étrangère ne perd pas la
compétence qu’il a dans sa langue et sa culture maternelles. Et la
nouvelle compétence en cours d’acquisition n’est pas non plus
totalement indépendante de la précédente. L’apprenant n’acquiert
pas deux façons étrangères d’agir et de communiquer. Il devient
plurilingue et apprend l’interculturalité. Les compétences
linguistiques et culturelles relatives à chaque langue sont
modifiées par la connaissance de l’autre et contribuent à la
prise de conscience, aux habiletés et aux savoir-faire
interculturels. Elles permettent à l’individu de développer une
personnalité plus riche et plus complexe et d’accroître sa
capacité à apprendre d’autres langues étrangères et à s’ouvrir
à des expériences culturelles nouvelles.
La
formation à l’interculturel n’a pas seulement pour objectif de
permettre aux apprenants de mieux maîtriser la langue étrangère
dans ses dimensions linguistiques et culturelles, elle permet
également de revaloriser la finalité éducative de l’école
(remise en cause des stéréotypes sociaux, lutte contre la
xénophobie et le racisme, respect de l’autre, ouverture à
l’altérité) désormais élargie à un projet humaniste à
l’échelle du monde (compréhension entre les peuples,
enrichissement mutuel…).
Dans
le cadre de l’enseignement/apprentissage des langues-cultures
étrangères, amener les apprenants à une prise de conscience
interculturelle constitue un acte d’ordre cognitif. Cette
organisation intellectuelle de la construction de la conscience
interculturelle signifie que pour réussir la communication
interculturelle, plutôt que d’acquérir des comportements
culturels étrangers, il importe que les apprenants apprennent à
savoir discerner les ressemblances et les différences entre la
culture étrangère et la culture maternelle et de savoir s’en
servir pour une meilleure communication et interaction.
De plus, l’école et autres endroits offrant un quelconque enseignement, ont une très grande part dans la formation des jeunes générations à
la diversité culturelle puisqu’ils sont les lieux privilégiés d'un véritable brassage culturel. L’école doit
apprendre à l’élève à accepter l’autre et à vivre avec lui
sans qu’il y ait conflit ou rejet. Ecouter l’autre, comprendre et
apprendre à connaitre sa culture devraient être les premiers
objectifs que doit s’assigner l’école algérienne afin instaurer
un climat de confiance favorable à l’apprentissage.
Dans
une classe de langues où s’entrecroisent la culture de l’apprenant
et celle véhiculée via la langue enseignée, l’enseignant a pour
mission de permettre le développement sur les plans cognitif,
affectif et culturel des apprenants parfois différents les uns des
autres, très différent de lui-même. Cette confrontation aux
différences au sein de la classe constitue des défis importants. En
s’inscrivant dans une perspective interculturelle, l’enseignant
considéré comme manipulateur peut emprunter plusieurs voies dans le
but d’orienter la vision que l’apprenant permet d’avoir
de la langue étudiée et de la culture qui lui est associée. Il ne
s’agit pas de présenter une image négative ou positive du
peuple étranger, mais de susciter la curiosité et l’ouverture
d’esprit des apprenants. Pour ce faire l’enseignant doit
développer chez ses apprenants le désir de connaitre l’autre, la
volonté de s’émanciper en se référant aux principes et aux
valeurs provenant de la langue cible. Cependant, ce qui importe c’est
la manière dont l’enseignant doit adopter afin d’aider
l’apprenant à entretenir des relations positives avec l’Autre.
Ethnologue de formation, je tente un maximum de transmettre ma culture natale aux apprenants, étant tout d'abord passionnée par la question, et étalement par le fait d'être consciente de mon rôle capital d'enseignante de fle, dans la destruction progressive d'éventuels stéréotypes liés à l'Autre et dans l'introduction d'une ouverture d'esprit plus perceptible chez l'apprenant.
Le
travail de l’enseignant est donc essentiellement axé sur la prise en
charge de manières dont l’apprenant réagit face aux autres tout
en l’encourageant à être plus observateur vis-à-vis des
différences culturelles afin qu’il soit mieux préparé à
l’altérité. Ce même enseignant est appelé à clarifier
l’opacité des prises de positions de l’apprenant, il s’efforcera
d’éliminer les stéréotypes et préjugés, à réfléchir aux
méthodes avec lesquelles il peut amener ses apprenants à être plus
tolérants pour pouvoir s’approprier cette conscience
interculturelle.
Chaque
langue en tant que vecteur de l’identité culturel de l’individu,
d’un groupe ou d’une société ne pourrait échapper à son rôle
premier: celui de transmettre des valeurs socioculturelles, en particulier par l'usage de textes. Par le biais de ce support, l’élève
peut étudier la langue française et peut s’approcher de la
civilisation et de la culture de ce peuple. L’enseignant fera examiner le texte, et
par le biais des questions qu’il pourra introduire, il amènera
l’apprenant à travers cette approche culturelle que constitue ce
document, à une plongée dans son imagination puis à un retour vers
sa propre culture. Ainsi, le texte pourrait être conçu comme une
activité très attirante pour l’apprenant du FLE.
De plus, il
est question de montrer s’il s’agit dans ces textes d’un
discours sur la culture des pays de la langue cible en espérant que
ce savoir se transforme en savoir-faire culturel, ou même en
savoir-être qui intégrerait la compétence interculturelle ;
ou s’il s’agit de laisser de l’espace pour que les cultures
d’enseignement et d’apprentissage puissent se rencontrer, et que
la relation enseignant-texte se construise face à la culture de
l’Autre.
Il
est important de signaler que le texte est avant tout un instrument
de culturation et de socialisation, il permet de donner une
importance grandissante de la culture de l’apprenant tout en
s’ouvrant à la culture universelle, car la mondialisation l’impose
et l’exige, il sert aussi à reproduire la société.
Enfin,
l'enseignant communique non seulement avec l'apprenant, mais aussi et
surtout avec le texte - objet de l'enseignement - et les données
culturelles qui en constituent le tissu. Il doit jouer et
remplir son rôle de vecteur interculturel qui doit concevoir que
l’apprenant vient à l’école pour forger son identité qui lui
permettra de devenir un citoyen envisageant un meilleur avenir.
La
culture est donc devenue un paramètre incontournable de tout système
d’apprentissage. Le dialogue des civilisations est plus concret
lorsqu’un sujet donné reconnait dans l’autre une part de soi et
la compétence linguistique se double d’une compétence
interculturelle. Les différentes stratégies d’enseignement
doivent savoir extraire les composantes emblématiques de l’autre,
en faire des contenus cognitifs et les réinvestir en fonction de
l’héritage culturel de l’apprenant.
L’approche
interculturelle transforme l’enseignant en médiateur
interculturel, ce qui implique certaines aptitudes et une formation
adéquate. Une
sensibilisation aux différences entre les systèmes éducatifs est
importante, puisque les apprenants sont pétris par le système
éducatif qui conditionne leurs habitudes. L’enseignant doit donc
être bien formé à l’interculturel et avoir le désir de transmettre sa culture et ses expériences de vie, au niveau de son apprentissage personnel de langues étrangères, par exemple, de ses voyages et autres.
L’apprentissage
d’une langue étrangère, telle que la langue française, permet alors à
l’apprenant de se rendre compte qu’une langue quelconque peut
être alors un bouillon de culture ainsi qu’un système de
communication.