dimanche 22 février 2015

L'importance de la culture dans l’enseignement des langues

La prise en compte de la culture dans l’enseignement des langues étrangères est indispensable, non seulement pour communiquer efficacement, mais aussi parce qu’elle représente un enjeu éthique. Combattre la xénophobie et l’ethnocentrisme, éviter les préjugés et les discriminations est plus que jamais une préoccupation des pédagogues et des acteurs de l’éducation. Les enseignants se trouvent parfois démunis pour adapter leur méthode d’enseignement à la prise en compte de la culture. Quelle différence entre enseignement de la culture et formation à la compétence interculturelle ? Quelles activités mettre en place en cours de FLE ? Quels supports choisir ? Quelles stratégies sont susceptibles de développer ces compétences menant à une conscience interculturelle ? Nous allons ici tenter de répondre à ces questions dans l'article qui suit...
Le cours de langue  constitue le lieu privilégié de l’acquisition de la compétence interculturelle  "Le cours de langue constitue un moment privilégié qui permet à l’apprenant de découvrir d’autres perceptions et classifications de la réalité, d’autres valeurs, d’autres modes de vie… En d'autres termes, apprendre une langue étrangère, cela signifie entrer en contact avec une nouvelle culture". La compétence communicative constitue l’objectif premier de l’apprentissage d’une langue étrangère. Or, il est désormais admis que la seule compétence linguistique, si elle est nécessaire, n’est pas suffisante dans une perspective de communication. Du point de vue de l’expression, les apprenants devront apprendre à utiliser les formes et adopter les comportements et attitudes langagières reconnus de manière à être compris par leur interlocuteur. Du point de vue de la compréhension, ils devront pouvoir identifier, reconnaître, et interpréter correctement les attitudes et comportements mis en jeu par leur interlocuteur dans les actes de communication, qu’il s’agisse de la gestuelle ou de références historiques et culturelles.
Les langues ne sont pas de simples outils qui permettraient de faire passer des informations de manière factuelle. Elles sont avant tout les vecteurs de communication des cultures dont elles sont issues. L’histoire du pays, les normes sociales et les fondements historiques de la société sont autant de facteurs nécessaires pour comprendre la culture, mais aussi et surtout pour permettre aux apprenants de faire un usage approprié de cette langue.

Il est donc nécessaire que les enseignants intègrent l’apprentissage de la culture dans l’apprentissage des langues, en dépassant le niveau de civilisation pour aborder des éléments plus profonds tels que les systèmes de valeurs ou de croyance et la vision du monde. Il ne s’agit cependant pas, de transmettre aux apprenants uniquement des connaissances culturelles. Dans la perspective interculturelle, la compétence communicationnelle reposera sur la capacité des interlocuteurs à repérer le culturel dans les échanges langagiers.

L’enseignement du FLE permet  aux apprenants  d’apprendre et à s’enrichir au contact d’individus de culture différente. Dans une approche interculturelle, un objectif essentiel de l’enseignement des langues est de favoriser le développement harmonieux de la personnalité de l’apprenant et de son identité en réponse à l’expérience enrichissante de l’altérité en matière de langue et de culture. L’acquisition d’une compétence interculturelle permettra notamment aux apprenants de développer leur capacité à se préparer à des séjours dans des régions d’autres cultures et à en tirer profit.

L’apprenant de la langue étrangère et de la culture étrangère ne perd pas la compétence qu’il a dans sa langue et sa culture maternelles. Et la nouvelle compétence en cours d’acquisition n’est pas non plus totalement indépendante de la précédente. L’apprenant n’acquiert pas deux façons étrangères d’agir et de communiquer. Il devient plurilingue et apprend l’interculturalité. Les compétences linguistiques et culturelles relatives à chaque langue sont modifiées par la connaissance de l’autre et contribuent à la prise de conscience, aux habiletés et aux savoir-faire interculturels. Elles permettent à l’individu de développer une personnalité plus riche et plus complexe et d’accroître sa capacité à apprendre d’autres langues étrangères et à s’ouvrir à des expériences culturelles nouvelles.

La formation à l’interculturel n’a pas seulement pour objectif de permettre aux apprenants de mieux maîtriser la langue étrangère dans ses dimensions linguistiques et culturelles, elle permet également de revaloriser la finalité éducative de l’école (remise en cause des stéréotypes sociaux, lutte contre la xénophobie et le racisme, respect de l’autre, ouverture à l’altérité) désormais élargie à un projet humaniste à l’échelle du monde (compréhension entre les peuples, enrichissement mutuel…).

Dans le cadre de l’enseignement/apprentissage des langues-cultures étrangères, amener les apprenants à une prise de conscience interculturelle constitue un acte d’ordre cognitif. Cette organisation intellectuelle de la construction de la conscience interculturelle signifie que pour réussir la communication interculturelle, plutôt que d’acquérir des comportements culturels étrangers, il importe que les apprenants apprennent à savoir discerner les ressemblances et les différences entre la culture étrangère et la culture maternelle et de savoir s’en servir pour une meilleure communication et interaction.

De plus, l’école et autres endroits offrant un quelconque enseignement, ont une très grande part dans la formation des jeunes générations à la diversité culturelle puisqu’ils sont les lieux privilégiés d'un véritable brassage culturel. L’école doit apprendre à l’élève à accepter l’autre et à vivre avec lui sans qu’il y ait conflit ou rejet. Ecouter l’autre, comprendre et apprendre à connaitre sa culture devraient être les premiers objectifs que doit s’assigner l’école algérienne afin instaurer un climat de confiance favorable à l’apprentissage.

Dans une classe de langues où s’entrecroisent la culture de l’apprenant et celle véhiculée via la langue enseignée, l’enseignant a pour mission de permettre le développement sur les plans cognitif, affectif et culturel des apprenants parfois différents les uns des autres, très différent de lui-même. Cette confrontation aux différences au sein de la classe constitue des défis importants. En s’inscrivant dans une perspective interculturelle, l’enseignant considéré comme manipulateur peut emprunter plusieurs voies dans le but d’orienter  la vision que l’apprenant permet d’avoir de la langue étudiée et de la culture qui lui est associée. Il ne s’agit pas de présenter une image  négative ou positive du peuple étranger, mais de susciter la curiosité et l’ouverture d’esprit des apprenants. Pour ce faire l’enseignant doit développer chez ses apprenants le désir de connaitre l’autre, la volonté de s’émanciper en se référant aux principes et aux valeurs provenant de la langue cible. Cependant, ce qui importe c’est la manière dont l’enseignant doit adopter afin d’aider l’apprenant à entretenir des relations positives avec l’Autre.
Ethnologue de formation, je tente un maximum de transmettre ma culture natale aux apprenants, étant tout d'abord passionnée par la question, et étalement par le fait d'être consciente de mon rôle capital d'enseignante de fle, dans la destruction progressive d'éventuels stéréotypes liés à l'Autre et dans l'introduction d'une ouverture d'esprit plus perceptible chez l'apprenant. 
Le travail de l’enseignant est donc essentiellement axé sur la prise en charge de manières dont l’apprenant réagit face aux autres tout en l’encourageant à être plus observateur vis-à-vis des différences culturelles afin qu’il soit mieux préparé à l’altérité. Ce même enseignant est appelé à clarifier l’opacité des prises de positions de l’apprenant, il s’efforcera d’éliminer les stéréotypes et préjugés, à réfléchir aux méthodes avec lesquelles il peut amener ses apprenants à être plus tolérants pour pouvoir s’approprier cette conscience interculturelle.
Chaque langue en tant que vecteur de l’identité culturel de l’individu, d’un groupe ou d’une société ne pourrait échapper à son rôle premier: celui de transmettre des valeurs socioculturelles, en particulier par l'usage de textes. Par le biais de ce support, l’élève peut étudier la langue française et peut s’approcher de la civilisation et de la culture de ce peuple. L’enseignant fera examiner le texte, et par le biais des questions qu’il pourra introduire, il amènera l’apprenant à travers cette approche culturelle que constitue ce document, à une plongée dans son imagination puis à un retour vers sa propre culture. Ainsi, le texte pourrait être conçu comme une activité très attirante pour l’apprenant du FLE.
De plus, il est question de montrer s’il s’agit dans ces textes d’un discours sur la culture des pays de la langue cible en espérant que ce savoir se transforme en savoir-faire culturel, ou même en savoir-être qui intégrerait la compétence interculturelle ; ou s’il s’agit de laisser de l’espace pour que les cultures d’enseignement et d’apprentissage puissent se rencontrer, et que la relation enseignant-texte se construise face à la culture de l’Autre.
Il est important de signaler que le texte est avant tout un instrument de culturation et de socialisation, il permet de donner une importance grandissante de la culture de l’apprenant tout en s’ouvrant à la culture universelle, car la mondialisation l’impose et l’exige, il sert aussi à reproduire la société.
Enfin, l'enseignant communique non seulement avec l'apprenant, mais aussi et surtout avec le texte - objet de l'enseignement - et les données culturelles qui en constituent le tissu.  Il  doit jouer et remplir son rôle de vecteur interculturel qui doit concevoir que l’apprenant vient à l’école pour forger son identité qui lui permettra de devenir un citoyen envisageant un meilleur avenir. 

La culture est donc devenue un paramètre incontournable de tout système d’apprentissage. Le dialogue des civilisations est plus concret lorsqu’un sujet donné reconnait dans l’autre une part de soi et la compétence linguistique se double d’une compétence interculturelle. Les différentes stratégies d’enseignement doivent savoir extraire les composantes emblématiques de l’autre, en faire des contenus cognitifs et les réinvestir en fonction de l’héritage culturel de l’apprenant.
L’approche interculturelle transforme l’enseignant en  médiateur interculturel, ce qui implique certaines aptitudes et une formation adéquate. Une sensibilisation aux différences entre les systèmes éducatifs est importante, puisque les apprenants sont pétris par le système éducatif qui conditionne leurs habitudes. L’enseignant doit donc être bien formé à l’interculturel et avoir le désir de transmettre sa culture et ses expériences de vie, au niveau de son apprentissage personnel de langues étrangères, par exemple, de ses voyages et autres.
L’apprentissage d’une langue étrangère, telle que la langue française, permet alors à l’apprenant de se rendre compte qu’une langue quelconque peut être alors un bouillon de culture ainsi qu’un système de communication.