dimanche 23 novembre 2014

Le Français Belge

Au sein de toute communauté linguistique il y a de multiples variétés, parmi lesquelles on distingue trois types principaux :
  • régionales
  • sociales
  • individuelles
Des variétés régionales: la langue française parlée en Belgique, par exemple, diffère par plusieurs aspects (accent, prosodie, phonétique, mais aussi lexique et morphosyntaxe) du français parlé à Paris, à Rennes ou à Marseille. A l'intérieur de ce français de Belgique, le français parlé à Liège se distingue à son tour de la langue française parlée à Bruxelles ou à Mons: les accents sont différents, certains Montois roulent les r, la plupart des Liégeois diront chique, là où les Bruxellois diront boule etc.
Des variétés sociales: l'observation courante nous l'enseigne, les individus ne parlent pas de la même façon suivant leur classe sociale, à tel point que l'on détermine souvent la position sociale d'un interlocuteur sur la base de son langage.
Enfin, des variétés individuelles, chaque individu en fonction de ses caractéristiques physiologiques, de son histoire personnelle, s'exprime d'une façon particulière, avec un timbre de voix plus ou moins grave. Tel individu, pour exprimer son ennui et son énervement face à une situation, dira "X m'a énervé", un autre "X m'a échauffé ", un autre encore " X m'a cassé les pieds ".
Tous ces régionalismes provenant de plusieurs pays francophones peuvent être appelés francophonismes, qu'ils soient d'origine française, belge, suisse, québécoise, antillaise, mauricienne ou ivoirienne. Ils démontrent qu'il y a différentes façons d'employer la langue commune, c'est-à-dire que plusieurs normes coexistent tout en demeurant du français. Cela étant dit, les francophones se permettent de moins en moins d'ignorer la langue commune — le français standard —, mais ils ne semblent plus hantés par les questions relatives à la «pureté», à la «distinction» et à la «qualité».
Nous appellerons variétés linguistiques les formes de langage apparentées qui différent par un certain nombre (arbitraire) de propriétés phonologiques, lexicales ou (plus rarement) syntaxiques. Le terme arbitraire signifie qu'il y a des degrés de parenté entre les variétés linguistiques.
Si nous analysons la situation de la langue française en Belgique, Suisse et Québec, nous observons que "le français belge" constitue une variante régionale du français, et il est caractérisé par des belgicismes, des wallonismes, des termes bruxellois locaux (ou brusseleir) et des accents bien particuliers ; le français de Suisse, outre un accent, elle este caractérisée par des helvétismes (ou des romandismes) et des germanismes ; le français du Québec se caractérise par ses archaïsmes, ses québécismes (ou acadianismes en Acadie) et ses anglicismes. Évidemment, les phénomènes liés au climat, au sol et à certaines réalités locales occasionnent souvent des régionalismes différents pour les Belges, les Suisses, les Québécois et les Français.
Mentionnons des exemples connus en France, comme le repas du matin qui s'appelle le petit-déjeuner, celui du midi, le déjeuner et celui du soir, le dîner, alors qu'au Québec, en Belgique et en Suisse, on emploie respectivement déjeuner, dîner et souper. Rappelons qu'en Belgique et en Suisse, on dit septante (70) et nonante (90), tandis qu'en Suisse, on privilégiera huitante (au lieu de octante) dans les cantons de Vaud, du Valais et de Fribourg, mais quatre-vingts dans les autres cantons de Genève, de Neuchâtel, du Jura de Berne.

Pourquoi y a-t-il variation? Précisons que les deux aspects susceptibles de varier le plus sont la prononciation (la phonétique) et le vocabulaire.
Les phonèmes varient parce qu'on ne place jamais les organes articulatoires (langue, lèvres…) systématiquement de la même façon. Un son comme /o/ doit être vu comme une cible autour de laquelle se répartissent différentes réalisations du /o/. Certaines prononciations apparaîtront plus ou moins prestigieuses et seront reprises par certains groupes sociaux comme marque d'identité. En Belgique les voyelles longues connaissent une belle vitalité, remarque Henriette Walter (1998, p. 167), par exemple "pâte" se prononce avec une voyelle de même timbre que dans "patte" mais en traînant plus longuement sur cette voyelle, tandis que la voyelle de patte est toujours beaucoup plus brève.
Le vocabulaire varie parce que les langues ne sont pas précises et exactes, contrairement à ce que croient plusieurs personnes. Les langages de programmation sont précis et immuables mais personne ne s'en servirait dans la vie quotidienne. Pour fonctionner comme moyen de communication humain, la langue (le lexique) doit pouvoir être flexible (permettre l'extension métaphorique) et sous-déterminée parce que la langue est faite pour s'adapter à des situations nouvelles. Ainsi, dans les années 70, l'emploi de l'expression  naviguer sur Internet  aurait été mise sur le compte de l'ingestion de substances hallucinogènes. Par contre, en 1990, des termes comme site ou naviguer  ont pris par analogie (par extension métaphorique) un sens qu'ils n'avaient pas il y a dix ou vingt ans. Une grande partie du lexique repose sur l'extension métaphorique (caresser un projet, frapper l'imagination...).
    Wallon, Français régionaux et Français « commun » de Belgique
On confond encore souvent les parlers wallons et les français régionaux de Belgique alors qu’ils représentent une réalité linguistique complètement différente.
Le Petit Robert considère encore le wallon comme «une variété régionale du français en Belgique», ce qui est loin d’être exact du point de vue linguistique.
TLFi donne la définition suivante: «Dialecte gallo-roman d'une partie de la Wallonie; p. méton., l'une des variétés de ce dialecte. Parler wallon. L'aire du wallon proprement dit se subdivise en quatre variétés: l'est wallon (avec Liège comme ville principale), l'ouest wallon (Charleroi-Nivelles), le centre wallon (Namur) et le sud wallon (...) (Neufchâteau).»
Il convient de distinguer les trois notions suivantes: le wallon, le français régional et le français commun :
Les parlers wallons (le "wallon" pour simplifier) font partie des "Langues d’Oïl" et se situent donc sur le même plan que le francien dont est issu le français actuel ou que le picard, parlé du nord de Paris jusqu’au sud de Bruxelles, le normand, le breton gallo, le poitevin, le champenois, le morvandiau etc.
Le wallon est ainsi un cousin du français mais n’en est nullement l’héritier (le penser est aussi faux que de croire que l’homme descend du singe). Comme le français, c’est une langue romane qui a suivi sa propre évolution à partir du latin introduit dans la partie septentrionale de la France actuelle et dans la partie francophone actuelle de la Belgique.
Les "français régionaux" de Belgique sont tout simplement des variétés régionales (on dit aussi dialectes) du français "commun" tel qu’il est pratiqué en France, et qui se sont forgées au contact des parlers wallons mais aussi du flamand en Belgique. A la différence du wallon qu’un francophone ne peut absolument pas comprendre directement, ils restent globalement compréhensibles à tout locuteur de français.
Bien entendu, le caractère régional de ces parlers français de Belgique est plus ou moins prononcé. C’est souvent, actuellement, une question de générations. Les vieilles générations qui n’usent du français que lorsque les circonstances l’exigent (et s’expriment en wallon tout le reste du temps) parlent des variétés beaucoup plus "dialectales" pleines de "régionalismes" aussi bien sur le plan de la prononciation que du lexique ou de la syntaxe. Il est parfois difficile de les comprendre. Le sommet a été atteint à Bruxelles qui représente une zone de contact privilégiée et qui a donné naissance à un idiome mixte, sorte de créole franco-flamand appelé "marollien" du nom du quartier populaire de Marolles qui a été en grande partie détruit à l’occasion de l’édification du Palais de Justice, et parfaitement incompréhensible aux francophones.
Le "français commun" : en théorie, il s’agit ni plus ni moins de la langue française standard tel le qu'elle est parlée en France. En pratique cependant, un locuteur belge francophone manie souvent deux registres de langue : un niveau où la prononciation est plus surveillée (très proche ou identique au français standard) et un niveau où elle est beaucoup plus relâchée et où l’influence des français régionaux de Belgique est encore sensible. C’est à ce niveau d’un français "commun" de Belgique, et seulement à ce niveau, qu’on peut parler de "belgicismes". En effet, s’il s’agit d’une variété régionale belge du français bien identifiée, il n’y a plus lieu de parler de "belgicismes" puisque c’est précisément la définition d’un dialecte d’être "régionalisé" (donc fondé, dans le cas de la Belgique, sur des "belgicismes").
On entend donc par belgicismes (en se limitant au domaine lexical) toute expression en usage dans le français "commun" de Belgique et qui n’appartient pas au français de France. C’est par ces "belgicismes" lexicaux qu’on peut normalement reconnaître un locuteur belge de langue maternelle française, bien mieux qu’au travers du soi-disant "accent belge" qui est une notion très subjective.
Donc toute particularité du parler français de Belgique qui la différencie la langue française de France, qui est considéré comme la norme, peut être un belgicisme. La classification de belgicismes a, dans ce contexte, une connotation plutôt péjorative. Mais, comme les préjugés contre les belgicismes se montrent de plus en plus sans raison, il y a déjà des linguistes qui s’efforcent de priver certains belgicismes de cette connotation négative en les appelant «de bon aloi».
Depuis un certain temps on a même essayé de différencier les belgicismes d’après l’espace géolinguistique où ils sont répandus. Les mots en usage sur tout le territoire belge francophone sont appelés également panbelgicismes ou statalismes, les belgicismes en usage dans une région limitée sont appelés régionalismes belges ou français régional belge.
Les différences entre la langue française de Belgique et celui de France apparaissent sur tous les plans de la langue (phonétique, phonologique, morphologique, lexical ou syntaxique) et sont assez nombreuses. Mais étant donné l’étendue restreinte de notre étude, nous nous bornons à rappeler celles qui nous paraissent les plus marquantes c’est-à-dire celles sur le lexique.
Les expressions proposées dans le tableau ci-dessous ont plusieurs origines. Mais globalement on peut les regrouper dans deux grandes catégories selon qu’elles tirent leur origine d’une évolution lexicale "interne" (par des procédés identiques à ceux qui commandent la production du lexique de la langue française de France) ou d’apports "externes", (phénomène général de l’emprunt) en provenance soit de variétés régionales du français de Belgique, du flamand (certains parlent alors de "flandricismes") ou encore du wallon ("wallonismes").

Ci-dessous un florilège des "belgicismes" parmi les plus courants :

Particularités lexicales de la Belgique

la langue française de Belgique
la langue française de France
l'auditoire
salle de cours (à l'université)
le pain français
la baguette
la baguette
la bloque
la préparation aux examens
la praline
un bonbon au chocolat fourré
la brosse
le balai
septante
soixante-dix
nonante
quatre-vingt-dix
caillant
très froid
le tapis-plain
la moquette
le chicon au gratin
l'endive
le torchon
la serpillière
la drache
très grosse pluie
l'essuie
la serviette
le copion
l’antisèche
l’essuie
le torchon
le bourgmestre
le maire
le GSM
le portable
la casserole à pression
la cocotte minute
spéculoos
biscuit au sucre candi
kot
chambre d'étudiant, d'où koter : loger dans une petite chambre.
navetteur
personne qui fait chaque jour un long trajet entre son domicile et son travail, elle fait la navette.
régent
professeur qui enseigne les premiers trois années
Avoir une brique dans le ventre
Aimer sa maison
Il fait cru
Il fait froid
Ne pas acheter un chat dans un sac
Ne pas acheter quelque chose sans connaître
Tirer son plan
Se débrouiller
Bisser
Refaire une deuxième fois

La part du vocabulaire commun entre toutes les variétés de français serait approximativement de 80% (Boulanger, 2000, p. 41). Il parle d’une supranorme vue comme l’idée du français universel ou international et considère que chacun des normes géographiques France, Belgique, Québec, Canada, Acadie, Afrique, etc. forme, à son tour un réseau d’infranormes.

Une langue est donc un ensemble de variétés dialectales et sociologiques reliées linguistiquement (structuralement et historiquement) et dominés par une variété standard normalisée reconnue comme variété de référence. Mais n’oublions pas qu’on peut parler d’une supranorme vue comme l’idée du français universel ou international et que chacun des normes géographiques France, Belgique, Québec, Canada, Acadie, Afrique, etc. forme, à son tour un réseau d’infranormes. L’enseignement plurinormaliste du français joue un rôle important aujourd’hui dans la didactique et la prise de conscience concernant la diversité culturelle et linguistique de la langue française doit préoccuper les enseignants qui restent les acteurs privilégiés de la diffusion du français et doivent tenir compte de divers «appareils normatifs».