Au
sein de toute communauté linguistique il y a de multiples variétés,
parmi lesquelles on distingue trois types principaux :
- régionales
- sociales
- individuelles
Des
variétés régionales: la langue française parlée en Belgique, par exemple,
diffère par plusieurs aspects (accent, prosodie, phonétique, mais
aussi lexique et morphosyntaxe) du français parlé à Paris, à
Rennes ou à Marseille. A l'intérieur de ce français de Belgique,
le français parlé à Liège se distingue à son tour de la langue française parlée à Bruxelles ou à Mons: les accents sont différents,
certains Montois roulent les r, la plupart des Liégeois diront
chique, là où les Bruxellois diront boule etc.
Des
variétés sociales: l'observation courante nous l'enseigne, les
individus ne parlent pas de la même façon suivant leur classe
sociale, à tel point que l'on détermine souvent la position sociale
d'un interlocuteur sur la base de son langage.
Enfin,
des variétés individuelles, chaque individu en fonction de ses
caractéristiques physiologiques, de son histoire personnelle,
s'exprime d'une façon particulière, avec un timbre de voix plus ou
moins grave. Tel individu, pour exprimer son ennui et son énervement
face à une situation, dira "X m'a énervé", un autre "X
m'a échauffé ", un autre encore " X m'a cassé les pieds
".
Tous
ces régionalismes provenant de plusieurs pays francophones peuvent
être appelés francophonismes, qu'ils soient d'origine française,
belge, suisse, québécoise, antillaise, mauricienne ou ivoirienne.
Ils démontrent qu'il y a différentes façons d'employer la langue
commune, c'est-à-dire que plusieurs normes coexistent tout en
demeurant du français. Cela étant dit, les francophones se
permettent de moins en moins d'ignorer la langue commune — le
français standard —, mais ils ne semblent plus hantés par les
questions relatives à la «pureté», à la «distinction» et à la
«qualité».
Nous
appellerons variétés linguistiques les formes de langage
apparentées qui différent par un certain nombre (arbitraire) de
propriétés phonologiques, lexicales ou (plus rarement) syntaxiques.
Le terme arbitraire signifie qu'il y a des degrés de parenté entre
les variétés linguistiques.
Si
nous analysons la situation de la langue française en Belgique, Suisse et
Québec, nous observons que "le français belge" constitue une
variante régionale du français, et il est caractérisé par des
belgicismes, des wallonismes, des termes bruxellois locaux (ou
brusseleir) et des accents bien particuliers ; le français de
Suisse, outre un accent, elle este caractérisée par des helvétismes
(ou des romandismes) et des germanismes ; le français du Québec
se caractérise par ses archaïsmes, ses québécismes (ou
acadianismes en Acadie) et ses anglicismes. Évidemment, les
phénomènes liés au climat, au sol et à certaines réalités
locales occasionnent souvent des régionalismes différents pour les
Belges, les Suisses, les Québécois et les Français.
Mentionnons
des exemples connus en France, comme le repas du matin qui s'appelle
le petit-déjeuner, celui du midi, le déjeuner et celui du soir, le
dîner, alors qu'au Québec, en Belgique et en Suisse, on emploie
respectivement déjeuner, dîner et souper. Rappelons qu'en Belgique
et en Suisse, on dit septante (70) et nonante (90), tandis qu'en
Suisse, on privilégiera huitante (au lieu de octante) dans les
cantons de Vaud, du Valais et de Fribourg, mais quatre-vingts dans
les autres cantons de Genève, de Neuchâtel, du Jura de Berne.
Pourquoi
y a-t-il variation? Précisons que les deux aspects susceptibles de
varier le plus sont la prononciation (la phonétique) et le
vocabulaire.
Les
phonèmes varient parce qu'on ne place jamais les organes
articulatoires (langue, lèvres…) systématiquement de la même
façon. Un son comme /o/ doit être vu comme une cible autour de
laquelle se répartissent différentes réalisations du /o/.
Certaines prononciations apparaîtront plus ou moins prestigieuses et
seront reprises par certains groupes sociaux comme marque d'identité.
En Belgique les voyelles longues connaissent une belle vitalité,
remarque Henriette Walter (1998, p. 167), par exemple "pâte" se
prononce avec une voyelle de même timbre que dans "patte" mais en
traînant plus longuement sur cette voyelle, tandis que la voyelle de
patte est toujours beaucoup plus brève.
Le
vocabulaire varie parce que les langues ne sont pas précises et
exactes, contrairement à ce que croient plusieurs personnes. Les
langages de programmation sont précis et immuables mais personne ne
s'en servirait dans la vie quotidienne. Pour fonctionner comme moyen
de communication humain, la langue (le lexique) doit pouvoir être
flexible (permettre l'extension métaphorique) et sous-déterminée
parce que la langue est faite pour s'adapter à des situations
nouvelles. Ainsi, dans les années 70, l'emploi de l'expression
naviguer sur Internet aurait été mise sur le compte de
l'ingestion de substances hallucinogènes. Par contre, en 1990, des
termes comme site ou naviguer ont pris par analogie (par
extension métaphorique) un sens qu'ils n'avaient pas il y a dix ou
vingt ans. Une grande partie du lexique repose sur l'extension
métaphorique (caresser un projet, frapper l'imagination...).
Wallon,
Français régionaux et Français « commun » de
Belgique
On
confond encore souvent les parlers wallons et les français régionaux
de Belgique alors qu’ils représentent une réalité linguistique
complètement différente.
Le
Petit Robert considère encore le wallon comme «une variété
régionale du français en Belgique», ce qui est loin d’être
exact du point de vue linguistique.
TLFi
donne la définition suivante: «Dialecte gallo-roman d'une partie de
la Wallonie; p. méton., l'une des variétés de ce dialecte. Parler
wallon. L'aire du wallon proprement dit se subdivise en quatre
variétés: l'est wallon (avec Liège comme ville principale),
l'ouest wallon (Charleroi-Nivelles), le centre wallon (Namur) et le
sud wallon (...) (Neufchâteau).»
Il
convient de distinguer les trois notions suivantes: le wallon, le
français régional et le français commun :
Les
parlers wallons (le "wallon" pour simplifier) font partie
des "Langues d’Oïl" et se situent donc sur le même plan
que le francien dont est issu le français actuel ou que le picard,
parlé du nord de Paris jusqu’au sud de Bruxelles, le normand, le
breton gallo, le poitevin, le champenois, le morvandiau etc.
Le
wallon est ainsi un cousin du français mais n’en est nullement
l’héritier (le penser est aussi faux que de croire que l’homme
descend du singe). Comme le français, c’est une langue romane qui
a suivi sa propre évolution à partir du latin introduit dans la
partie septentrionale de la France actuelle et dans la partie
francophone actuelle de la Belgique.
Les
"français régionaux" de Belgique sont tout
simplement des variétés régionales (on dit aussi dialectes) du
français "commun" tel qu’il est pratiqué en France, et
qui se sont forgées au contact des parlers wallons mais aussi du
flamand en Belgique. A la différence du wallon qu’un francophone
ne peut absolument pas comprendre directement, ils restent
globalement compréhensibles à tout locuteur de français.
Bien
entendu, le caractère régional de ces parlers français de Belgique
est plus ou moins prononcé. C’est souvent, actuellement, une
question de générations. Les vieilles générations qui n’usent
du français que lorsque les circonstances l’exigent (et
s’expriment en wallon tout le reste du temps) parlent des variétés
beaucoup plus "dialectales" pleines de "régionalismes"
aussi bien sur le plan de la prononciation que du lexique ou de la
syntaxe. Il est parfois difficile de les comprendre. Le sommet a été
atteint à Bruxelles qui représente une zone de contact privilégiée
et qui a donné naissance à un idiome mixte, sorte de créole
franco-flamand appelé "marollien" du nom du quartier
populaire de Marolles qui a été en grande partie détruit à
l’occasion de l’édification du Palais de Justice, et
parfaitement incompréhensible aux francophones.
Le
"français commun" : en théorie, il s’agit ni
plus ni moins de la langue française standard tel le qu'elle est parlée en France.
En pratique cependant, un locuteur belge francophone manie souvent
deux registres de langue : un niveau où la prononciation est
plus surveillée (très proche ou identique au français standard) et
un niveau où elle est beaucoup plus relâchée et où l’influence
des français régionaux de Belgique est encore sensible. C’est à
ce niveau d’un français "commun" de Belgique, et
seulement à ce niveau, qu’on peut parler de "belgicismes".
En effet, s’il s’agit d’une variété régionale belge du
français bien identifiée, il n’y a plus lieu de parler de
"belgicismes" puisque c’est précisément la définition
d’un dialecte d’être "régionalisé" (donc fondé,
dans le cas de la Belgique, sur des "belgicismes").
On
entend donc par belgicismes (en se limitant au domaine lexical) toute
expression en usage dans le français "commun" de Belgique
et qui n’appartient pas au français de France. C’est par ces
"belgicismes" lexicaux qu’on peut normalement reconnaître
un locuteur belge de langue maternelle française, bien mieux qu’au
travers du soi-disant "accent belge" qui est une notion
très subjective.
Donc
toute particularité du parler français de Belgique qui la
différencie la langue française de France, qui est considéré comme la
norme, peut être un belgicisme. La classification de belgicismes a,
dans ce contexte, une connotation plutôt péjorative. Mais, comme
les préjugés contre les belgicismes se montrent de plus en plus
sans raison, il y a déjà des linguistes qui s’efforcent de priver
certains belgicismes de cette connotation négative en les appelant
«de bon aloi».
Depuis
un certain temps on a même essayé de différencier les belgicismes
d’après l’espace géolinguistique où ils sont répandus. Les
mots en usage sur tout le territoire belge francophone sont appelés
également panbelgicismes ou statalismes, les belgicismes en usage
dans une région limitée sont appelés régionalismes belges ou
français régional belge.
Les
différences entre la langue française de Belgique et celui de France
apparaissent sur tous les plans de la langue (phonétique,
phonologique, morphologique, lexical ou syntaxique) et sont assez
nombreuses. Mais étant donné l’étendue restreinte de notre
étude, nous nous bornons à rappeler celles qui nous paraissent les
plus marquantes c’est-à-dire celles sur le lexique.
Les
expressions proposées dans le tableau ci-dessous ont plusieurs
origines. Mais globalement on peut les regrouper dans deux grandes
catégories selon qu’elles tirent leur origine d’une évolution
lexicale "interne" (par des procédés identiques à ceux
qui commandent la production du lexique de la langue française de France) ou
d’apports "externes", (phénomène général de
l’emprunt) en provenance soit de variétés régionales du français
de Belgique, du flamand (certains parlent alors de "flandricismes")
ou encore du wallon ("wallonismes").
Ci-dessous un florilège des "belgicismes" parmi
les plus courants :
Particularités
lexicales de la Belgique
la langue française de Belgique
|
la langue française de France
|
l'auditoire
|
salle
de cours (à l'université)
|
le
pain français
la
baguette
|
la
baguette
|
la
bloque
|
la
préparation aux examens
|
la
praline
|
un
bonbon au chocolat fourré
|
la
brosse
|
le
balai
|
septante
|
soixante-dix
|
nonante
|
quatre-vingt-dix
|
caillant
|
très
froid
|
le
tapis-plain
|
la
moquette
|
le
chicon au gratin
|
l'endive
|
le
torchon
|
la
serpillière
|
la
drache
|
très
grosse pluie
|
l'essuie
|
la
serviette
|
le
copion
|
l’antisèche
|
l’essuie
|
le
torchon
|
le
bourgmestre
|
le
maire
|
le
GSM
|
le
portable
|
la
casserole à pression
|
la
cocotte minute
|
spéculoos
|
biscuit
au sucre candi
|
kot
|
chambre
d'étudiant, d'où koter : loger dans une petite chambre.
|
navetteur
|
personne
qui fait chaque jour un long trajet entre son domicile et son
travail, elle fait la navette.
|
régent
|
professeur
qui enseigne les premiers trois années
|
Avoir
une brique dans le ventre
|
Aimer
sa maison
|
Il
fait cru
|
Il
fait froid
|
Ne
pas acheter un chat dans un sac
|
Ne
pas acheter quelque chose sans connaître
|
Tirer
son plan
|
Se
débrouiller
|
Bisser
|
Refaire
une deuxième fois
|
La
part du vocabulaire commun entre toutes les variétés de français
serait approximativement de 80% (Boulanger, 2000, p. 41). Il parle d’une supranorme vue comme l’idée du français
universel ou international et considère que chacun des normes
géographiques France, Belgique, Québec, Canada, Acadie, Afrique,
etc. forme, à son tour un réseau d’infranormes.
Une
langue est donc un ensemble de variétés dialectales et
sociologiques reliées linguistiquement (structuralement et
historiquement) et dominés par une variété standard normalisée
reconnue comme variété de référence. Mais n’oublions pas qu’on
peut parler d’une supranorme vue comme l’idée du français
universel ou international et que chacun des normes géographiques
France, Belgique, Québec, Canada, Acadie, Afrique, etc. forme, à
son tour un réseau d’infranormes. L’enseignement plurinormaliste
du français joue un rôle important aujourd’hui dans la didactique
et la prise de conscience concernant la diversité culturelle et
linguistique de la langue française doit préoccuper les enseignants
qui restent les acteurs privilégiés de la diffusion du français
et doivent tenir compte de divers «appareils normatifs».